C'était y a tout juste une semaine. Un coup de fil et on se retrouvait dans un bar parisien enfumé, où les quelques lampions projettent une atmosphère intimiste et où les voix résonnent jusqu' au bout de la rue. Quelques amis de classe, déjà trois mois qu'on ne s'était pas vu. On est arrivé main dans la main, lui et moi. Fiers comme des coqs. Bonsoir, on s'aime toujours. Puis les embrassades des retrouvailles se sont mêlées aux "tchin ! dans les yeux ! >.<". On se regardait du coin de l'oeil. Et son regard brillait.
Lundi soir j'étais au Club 91, un vieux bar miteux du coin. On s'effondre souvent là-bas après les services, difficiles ou non. Le temps d'un petit billard, des petits potins, des nouvelles accroches, de quelques verres rose, turquoise, ou orange, pailletées de sucre. Ce soir là je parlais avec mon cousin, responsable au Buffalo. La discussion divague jusqu'au non-original "tu étais la petite chouchou de la famile... ta soeur en a bouffé.. tu étais une petite fille capricieuse...". Souvent je ne dis rien. J'acquiece peut-être agacée, ou déçue. Parce que je ne me souviens pas. Parce que je ne me rendais pas compte quand ma soeur souffrait. Parce que j'étais un gosse con quoi. Et j'essaye d'imaginer. Ce soir peut-être mon cousin a vu quand je me suis pincée les lèvres. Alors il me dit "Mais bon, d'un côté c'est pas le père de ta soeur donc bon...". Une montée d'adrénaline monte en moi. "Pardon?". "Ben oui." J'ai soudainement la nausée. Je le regarde. Je m'attends à ce qu'il éclate de rire d'un moment à l'autre. Les secondes semblent s'eterniser et son visage ne bouge pas. Quelques larmes s'échappent de mes yeux. Comment? Pourquoi ne jamais me l'avoir dit? Est-ce pour ça que mon père finalement ne parlait même pas à ma soeur? Parce que cette fille qui était celle de ma mère n'était pas le sien? Les questions me persécutent depuis. Je parle moins. Je réfléchis. Trouvant des pistes. Analysant la date de naissance de ma soeur, celle de ma mère, leur date de mariage. J'ai appelé ma soeur. On se voit samedi. Je ne sais pas quoi lui dire. Ma soeur. D'où vient-elle? Comment ais-je pu ignorer?
Y a une heure encore, je terminais le service du midi. Je suis sortie sur la terasse et mes mains se sont accrochées à la balustrade. Le soleil tapait sur ma peau tandis que le vent la hérissait. Je me suis sentie si perdue. J'ai revu son mariage. Leur voiture qui s'enfuyait sur les routes valonnées. Leur sourire. Quand j'ai signé en tant que soeur et témoin, ce jour là...